RESPECTER LES MIGRANTS, RÉGLER LES CAUSES DES MIGRATIONS
- administrateur
- 6 mars 2018
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Dernière mise à jour : 29 mars 2018
Ce livret a été rédigé par un groupe de travail coordonné par Bernard Féraud, haut fonctionnaire et un des fondateurs de SOS racisme, et Élisa Senon, physicienne et militante pour la défense des droits des étrangers.
Notre constat : l’Union européenne ne sait plus accueillir les migrants
Les migrations humaines, qu’elles soient choisies ou subies, ont forgé l’histoire de l’Humanité. Elles présentent au 21ème siècle des caractéristiques nouvelles.
Les personnes désireuses ou contraintes de quitter leur pays se déplacent aujourd’hui plus facilement grâce au développement des moyens de transport et à l’information.
En 2015, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) a enregistré le plus grand nombre de personnes victimes de migration forcée dans le monde depuis les cinquante dernières années. Ces situations dramatiques concernent environ 53 millions de personnes, qu’il s’agisse de réfugiés « enregistrés », de demandeurs d’asiles, de personnes déplacées dans leur propre pays ou d’apatrides.
Cet afflux migratoire est principalement provoqué par l’exacerbation des conflits au Proche et au Moyen-Orient. Et plus particulièrement par les guerres en Irak, en Afghanistan, et surtout en Syrie, qui ont conduit 7 millions de Syriens à se déplacer à l’intérieur de leur pays et 4 millions d’entre eux à franchir les frontières pour s’installer dans les pays voisins (Turquie, Liban, Jordanie, etc.) ou en Europe.

En Europe, cet afflux de populations n’est pas massif. En effet, le million de migrants qui a atteint l’Union européenne ne représente que 1/500e de la population européenne, et seulement 1,5 % à 2 % des déplacés forcés mondiaux pour l’année 2015. Face à un système européen d’asile inadapté et à l’arbitraire des politiques d’accueil des États membres de l’Union européenne (UE), les migrants peinent à obtenir le statut de réfugié. Pire, les effets néfastes des politiques austéritaires appliquées à la Grèce et à l’Espagne poussent la jeunesse de ces pays à l’exode pour éviter misère et chômage.
Les causes de déplacement forcé des populations sont toujours plus nombreuses au XXIe siècle. Les interventions militaires illégales et illégitimes, le financement de dictatures à travers les fonds européens de développement, le pillage des ressources naturelles ou alimentaires et les accords commerciaux inégaux de libre-échange poussent aux migrations. Tous ces phénomènes rendent toujours plus aléatoire l’obtention de la protection internationale à laquelle ont droit les personnes migrantes, en vertu de la Convention de Genève de 1951, relative au statut des réfugiés.
À l’occasion de la « crise migratoire » de 2015, l’Union européenne a montré son incapacité à mettre en place une politique migratoire coordonnée entre ses différents États-membres. Elle s’est contentée d’improviser à la hâte l’accueil de 160 000 réfugiés syriens, au travers d’une clé de répartition refusée par les pays du groupe de Visegrad (République tchèque, Pologne, Hongrie et Slovaquie).
Les politiques migratoires de l’UE sont avant tout des politiques sécuritaires qui se matérialisent par des murs érigés par de nombreux pays. Cela se traduit par la fermeture des frontières (via le rétablissement des contrôles et l’ouverture de hot spots) et par leur militarisation (moyens supplémentaires alloués à Frontex, dont le mandat est militaire et sécuritaire). Les accords de Khartoum, de La Valette, l’accord UE-Turquie et les accords de partenariat économique ont consacré cette politique d’externalisation de la gestion des migrants.
En France, en 2016, le gouvernement a décidé d’ouvrir 450 centres d’accueil et d’orientation (CAO) pour l’accueil des migrants évacués de Calais. Cependant, cette « Humanité » risque d’être de courte durée si l’on en croit l’annonce du ministère de l’Intérieur de septembre 2016. L’objectif principal du Programme d’accueil et d’hébergement des demandeurs d’asile (Prahda) alors mis en œuvre est de préparer le « transfert des personnes sous procédure Dublin » vers le pays de première entrée dans l’UE et le « suivi des personnes assignées à résidence dans ce cadre ».
La remise en cause du droit du sol, la politique de « l’immigration choisie » et celle du chiffre dans la traque aux personnes en situation irrégulière mettent en danger la République elle-même. Ces politiques migratoires focalisées sur le contrôle des frontières ont conduit à la création d’une Europe forteresse avec les conséquences désastreuses suivantes :
· Depuis le début des années 2000, au moins 35 000 personnes sont mortes ou portées disparues en tentant de rejoindre l’Union européenne. Avec plus de 5 000 migrants morts en 2016, la Méditerranée est de loin la frontière migratoire la plus mortifère au monde
· La remise en cause des droits de l’Homme par l’atteinte portée par les États membres aux droits des demandeurs d’asile souvent privés de liberté et d’un accès à des procédures d’asile équitables et efficaces
· La banalisation de l’enfermement des migrants
Ces politiques sécuritaires entraînent le développement d’un « business » de la peur et de la xénophobie en donnant aux firmes transnationales de l’industrie de la sécurité la possibilité de bénéficier d’une nouvelle manne financière au niveau européen.
Ces politiques maintiennent les migrants dans des situations d’insécurité permanente, en les incitant notamment à mettre leur force de travail à disposition d’employeurs désireux d’utiliser une main-d’œuvre corvéable à merci, et les placent dans l’incapacité de faire respecter leurs droits les plus élémentaires. Il s’agit là d’une délocalisation sur place qui touche des secteurs à fort besoin de main d’œuvre – tels que le BTP, l’hôtellerie-restauration, les services à la personne –, et qui affaiblit l’ensemble des salariés.





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